Newsletter Lesbien raisonnable envoyée le 2 février 2026
En termes d’actualité lesbienne, 2026 a commencé de la plus épouvantable des manières avec le meurtre de Renee Nicole Good par un agent de l’ICE à Minneapolis sous les yeux de son épouse, Becca. C’est loin d’être le premier meurtre par cette police de l’immigration, mais celui-là est arrivé jusqu’à nous, en vidéo, presque en direct sur nos téléphones, parce qu’elle était blanche. Le gouvernement Trump s’est empressé de la dépeindre comme une « agitatrice violente » « victime de l’idéologie d’extrême-gauche » tandis que la presse de gauche, ici et aux États-Unis, a surtout parlé de son statut de mère, de son ex-mari, et d’une femme qui n’était « pas politisée » selon sa propre mère. La photo qu’on a le plus vue est celle où elle est enceinte de son fils. Beaucoup de médias ont occulté le fait qu’elle était mariée avec une femme, donc en couple lesbien. Or, c’est essentiel.
Un post Instagram de l’autrice de BD Alison Bechdel a beaucoup tourné. Elle profite de la publication d’un de ses cartoons par le New York Times pour parler, en légende, de Renee Nicole Good. Les personnages de la BD culte Gouines à suivre vivaient à Powderhorn, un quartier de Minneapolis, à quelques rues du lieu du meurtre de Renee Good, à quelques rues aussi de celui de George Floyd en 2020. Elle écrit, et je traduis et résume grossièrement : « [mes personnages] Ginger, Sparrow et Stuart vivaient dans un foyer inspiré de celui où je vivais moi-même avec mes ami·e·s. Powderhorn était et est toujours un quartier multiculturel rempli d’activistes progressistes de toutes sortes (…) A l’époque, les lesbiennes étaient soit invisibles, soit dénigrées dans les médias mainstream. Malgré les progrès ces 40-50 dernières années, ça rend fou de voir à quel point les vies lesbiennes sont toujours invisibilisées. Combien de temps a-t-il fallu aux médias pour parler correctement de qui était Renee Nicole Good ? (…) Ce que faisaient Renee et Becca Good dans la rue pour protéger leurs voisins, c’est quelque chose que mes personnages auraient pu faire. J’aime croire que j’aurais le courage de le faire aussi. Espérons que nous ayons toustes le courage de sortir dans la rue pour se protéger les uns les autres dans ces temps sombres. »
Je pense à sa femme, Becca, dont on peut lire le témoignage en français ici. Renee Nicole Good était une poète. Lisons-la et ne l’oublions pas. Cette newsletter lui est dédiée.
🗞️ Revue de presse
- Dans la catégorie les lesbiennes se bougent pour les autres, le Front d’Habitat Lesbien est un excellent exemple : iels aident des exilé·e·s lesbiennes et/ou trans à se loger. À lire dans Libé et à mettre en regard avec Architectures lesbiennes, génial et enthousiasmant ouvrage de Milena Charbit.

- Un article complet, fouillé et flippant de Mediapart sur la perquisition de la librairie parisienne Violette and co pour un livre de coloriage propalestinien qu’elle ne vendait plus. En parallèle, saluons la victoire judiciaire de la librairie féministe niçoise Les Parleuses qui avait vu sa vitrine « Impunité » occultée par la police en 2022 pour cause de passage de Darmanin.
- Mémoire : à Strasbourg, un square a pris le nom d’Ilse Totzke, déportée, Juste parmi les nations et lesbienne. Ici Grand Est revient sur son histoire avec celles qui l’ont portée.
- Dans une interview à Strobo Mag, Fatima Daas parle de son dernier roman, Jouer le jeu, revient sur l’accueil de La Petite dernière et réagit au Prix Gouincourt !
- En 2025, le franc succès des soirées Gouine de fer à la Mutinerie à Paris et au 33 en Martinique s’est exporté à Tunis. Génial reportage dans Têtu.
- Lire Roxane Gay est toujours salutaire. Dans un texte pour Electric Literature, elle parle de règles, de ménopause, du syndrome de la page blanche et de sa rencontre avec sa femme, Debbie Millman. C’est beau.
- Le peintre Mondrian a connu le succès avec ses tableaux-grilles. The Guardian nous raconte comment il se serait largement inspiré d’une artiste lesbienne britannique, Marlow Moss, mais l’enjeu est plus intéressant que simplement “qui l’a fait en premier ?”
- Avec Des Preuves d’amour, Love me tender et Les Enfants vont bien, le cinéma français en 2025 fut riche pour la représentation de la maternité lesbienne (et pour les fans de Monia Chokri, mais c’est une autre histoire.) Trois couleurs se réjouit de cette profusion (toute relative) de récits variés. En contrepoint, La Jetée se demande si ces films – et surtout leur promotion – ne dépolitisent pas la question de l’homoparentalité.
🎬 Cinéma
- Sélectionné à la fois à la Berlinale et à Sundance, on s’enthousiasme pour le documentaire Barbara Forever de Brydie O’Connor sur la cinéaste expérimentale lesbienne américaine Barbara Hammer.
- On surveille aussi particulièrement le prochain film de la réalisatrice lesbienne Ulrike Ottinger, The Blood Countess, avec Isabelle Huppert dans le rôle de la vampire sanguinaire Elizabeth Báthory ; ainsi que Rose, un film où Sandra Hüller interprètera un soldat qui cache son genre au XVIIe siècle.
- Les films de Chantal Akerman sont en danger : la société Capricci, qui en détient les droits en France, est en faillite suite au retrait de son dirigeant, accusé de VSS et de fraude.
- En ce moment au cinéma, Bel Ami raconte l’histoire croisée d’hommes gays et d’un couple lesbien en recherche de donneurs dans une petite ville de Chine. Assez rare pour y aller.
- Rafiki, le film lesbien kenyan réalisé par Wanuri Kahiu, a gagné sa bataille judiciaire : la justice kényane estime qu’on ne peut pas interdire la diffusion du film dans le pays puisque la liberté d’expression est protégée par la constitution. L’occasion de le revoir en VOD.

- Le 11 février prochain sortira en salles Les Immortelles, une histoire d’amitié dans les années 90 réalisée par Caroline Deruas. Charlotte, le personnage joué par Léna Garrel, découvre en douceur son lesbianisme. Un très joli film mélancolique qui résonne avec Les Reines du drame, les Rita Mitsouko et Un désir démesuré d’amitié. Bande-annonce.
- Jodie Foster retourne dans le placard pour Criterion. Son premier choix ? Portrait de la jeune fille en feu, bien sûr.
📺 À regarder
- Deux personnes échangeant de la salive est un bijou d’absurde esthétiquement magnifique avec Zar Amir Ebrahimi et Luàna Bajrami qui veulent se pécho dans un monde où s’embrasser est interdit. Un court-métrage français à voir gratuitement et sans abonnement sur Canal +. Il est nommé aux César et aux Oscars, oui oui baguette.
- Absurde toujours avec Women wearing shoulder pads, un soap opéra lesbien mexicain en stop motion sur HBO Max avec de la corrida, des cochons d’Inde et du végétarisme.
- Devine qui j’imite, une mini série lesbocringe haletante en 10 épisodes sur Instagram. On en veut plus !
- Pluribus, c’était la série évènement des esthètes-intello qui ont un abonnement Apple TV. Avec Rhea Seehorn en lesbienne acariâtre et pas mal de matière pour réfléchir sur l’IA, le bonheur, les phénomènes de masse et le consentement.
- Toujours sur Apple TV, Come see me in the good light ne quitte pas ma tête depuis que je l’ai vu. C’est un documentaire sur lae poète non binaire Andrea Gibson, décédé·e en 2025 d’un cancer. On en parlait dans la précédente newsletter. Un film lumineux, plein d’humour, qui nous montre ce que c’est l’amour, l’amitié, la relation d’aidant·e, la poésie, la vie. Je sais, ça paraît cliché et gnangnan, mais croyez-moi. Ce film change quelque chose à l’existence.

📻 À écouter
- L’histoire particulière de Eva Kotchever / Chawa Zloczower / Eve Adams, militante juive polonaise déportée, autrice du recueil de nouvelles Lesbian Love et tenancière d’un salon de thé lesbien, tissée avec la sensibilité de la documentariste Clémence Allezard.
- Le must-read lesbien de ce mois de janvier s’appelle Certaines fièvres échappent au mercure (éd. L’iconoclaste), c’est écrit par Mathilde Forget qui s’est entretenue avec Marie Richeux.
- A la faveur de la parution en français de leur livre La sagesse des nonnes (JC Lattès), j’ai découvert les chercheuses lesbiennes espagnoles Ana Garriga et Carmen Urbita. Elles animent également un podcast, Las Hijas de Felipe. Si vous parlez un peu espagnol, je conseille cet épisode où elles nous dévoilent « les sept signes infaillibles permettant d’identifier les lesbiennes dans un couvent, explorent les complexités juridiques liées au clitoris et, guidées par Sainte Thérèse, Anne de Jesus, Benedetta Carlini, Rosemary Curb et Nancy Manahan, parcourent l’histoire de ces merveilleuses « amitiés particulières »« .
- Autopromo : moi chez les absolument fabuleuses Paloma et Elodie Petit.
📚 Livres
- Pour la sortie du deuxième tome du manga Les Guerres invisibles, une histoire d’amour lesbienne dans le Japon de l’après-guerre, Le Monde a interviewé l’auteurice Marina Lisa Komiya.
- Certaines fièvres échappent au mercure (éd. L’iconoclaste) de Mathilde Forget évoqué plus haut est pour moi la lecture lesbienne la plus marquante de ce mois de janvier. Une écriture splendide, poétique et révolutionnaire de l’amour lesbien, du deuil, de l’angoisse. Parmi les autres sorties de cette vague de début d’année, notons le premier roman bouleversant d’Agathe Charnet, Peut-être le hasard (éd. Les corps conducteurs), mais aussi Memory Palace (éd. Rivages) de Léa Cuenin qu’on pourrait ranger dans l’étagère SF, le brise-cœur L’immontrable (éd. Julliard) de Pauline Delabroy-Allard, la rencontre entre Buffy et Virginia Woolf dans Un pieu à soi (éd. La variation) par Ivan Berquiez, le retour de Julia Armfield avec Nos femmes sous la mer (éd. la Croisée) et le journal de Nelly Vos, Ravie au monde (éd. Les Léonides) qu’on attend de pied ferme depuis le sublime documentaire Nelly & Nadine.

💃 Sortir
- Mi-cabaret mi-seule-en-scène, le spectacle Dyke de Bili Bellegarde nous cueille d’émotion aux Trois Baudets à Paris. En mars (complet) puis en mai.
- L’association Chez Monique organise la 3e édition de son festival : cette année le génie lesbien brillera à Landivisiau. La billetterie est ouverte.
- En France en mars pour la promo de Lessivée, Alison Bechdel passera par le théâtre de la Concorde à Paris mais aussi par Reims et son Pop Women Festival, où l’on pourra également écouter Iris Brey, Amandine Gay, Léonie Pernet, Pauline Gonthier, Camille Kouchner et Mirion Malle.
- Le 13 février, la batteuse multi-talents Anne Paceo présentera sa nouvelle création aquatique Atlantis à la Gaîté Lyrique.
- L’artiste-hacktiviste-chercheuse-génie-lesbien Nathalie Magnan sera à l’honneur d’une exposition à la Villa Arson de Nice à partir du 20 février.
- Meilleure nouvelle pour les cinéfolles parisiennes : La Clef a réouvert et propose une journée on ne peut plus lesbienne le 14 février, avec une carte blanche à Hélène Giannecchini et la projection du déjà culte Les Reines du drame.
- Les perfomative butch contests s’exportent à Marseille avant de revenir à Paris pour célébrer cette fois les fems à la Flèche d’or le 28 février !
🍒 Vrac
- Un mini-jeu sur la PMA ? Avec des chat·te·s ? Et un propos politique ? Lezgo
- D’abord vues main dans la main dans les rues de Rio de Janeiro, la chanteuse superstar Rosalía et la mannequin Loli Bahia ont été paparazzées à Paris, se baladant place de la République et achetant une poêle sans PFAS au Monoprix d’à côté (au pied de la colline aux gouines, donc.) Cela me réjouit grandement.
- Le mariage royal des deux stars du foot Sam Kerr et Kristie Mewis m’a rappelé l’existence de cette photo interprétée par quelques médias hétéros comme une manifestation touchante d’un “bel esprit sportif”.

C’est la fin de cette newsletter ! Si vous voulez la soutenir, elle a désormais son ko-fi. Et rendez-vous sur Instagram pour des infos quotidiennes (ou presque.)
Bonne journée bigoudous 🫶